Wedding procession (Maurice Denis)

Publié le par Rainette

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J'inaugure cette catégorie "le mariage dans l'art". Je livre ici des impressions très personnelles sans aucune prétention d'analyse érudite. Le thème des noces dans l'art au fil des siècles nous tient particulièrement à coeur, car avec l'homme que j'épouse, nous aimons traîner dans les musées ou nous régaler à quatre yeux et mains des beaux livres d'art entassés chez nous (lorsque nous en avons le temps).

Voici le tableau d'un peintre nabi dont j'affectionne particulièrement la première période, Maurice Denis, qui s'inspire à la fois de l'estampe japonaise et des primitifs italiens (s'il y avait, dans le questionnaire de Proust, la question "quel courant artistique êtes-vous?", je serais ceci et cela). 

Pourquoi cela me plaît-il? (ici, j'enlève ma casquette où il est écrit en gros "PROF" et je mets l'autre "OEIL INNOCENT A LA RECHERCHE DE L'EMOTION ESTHETIQUE").

A cause de la couleur, tout d'abord: j'adore ces teintes chaudes, qui me rappellent la lumière dorée et un peu mélancolique si particulière de l'automne en Provence (ça, c'est l'univers perceptif de mon enfance - le fait que j'y sois née, et en automne, y est peut-être pour quelque chose).

A cause du sujet, bien sûr, je commence à présenter toutes les caractéristiques de la bride-to-be obsessionnelle, maintenant que la date fatidique approche. Il me plaît d'inscrire le projet décoratif de mon mariage dans une tradition visuelle historique... j'espère que ça ne fait pas trop présomptueux de dire ça! Mais l'un des traits de mon caractère consiste plus à voir l'art dans la vie que le contraire! (quoique...)

A cause de l'ambiance, enfin. Cet homme en costume sombre, sa fiancée au bras, qui avance sous les arbres, est-il dans la contre-allée d'une ville de province et se dirige-t-il vers la mairie, suivi de parents vêtus de sombre et de jeunes cousines en robes blanches virginales? Sans doute. Mais cette figure ondulante devant eux, qui les regarde en esquissant les gestes d'une danse lente, doublée d'une autre, dissimulée derrière l'arbre, ces formes étranges que dessine le jeu du soleil dans les arbres sur le sol et la robe de la jeune épouse appartiennent-ils à une banale scène de mariage bourgeois? Les cousines virginales ne seraient-elles pas de la même essence, finalement?  Que croire? Où sommes-nous? Dans un jardin onirique, où des créatures éthérées accompagnent le couple d'une légende vers l'hymen, en progressant entre les fûts des arbres, comme autant de colonnes d'un temple mystérieux ? Ce monde étrange n'est-il pas celui de l'imaginaire du peintre? Sans doute aussi.

Et s'il s'agissait vraiment de cette banale scène de mariage bourgeois dans une province française de la fin du XIXe siècle, dans laquelle font irruption deux ou quatre figures poétiques qui viennent dire quelque chose en plus sur une institution sociale souvent décriée?

Oui, le mariage, c'est un petit couple qui marche dans la rue, un après-midi d'automne, un peu raide dans ses vêtements de fête, flanqué de vieilles tantes vêtues de sombre.

Mais il se passe quelque chose de plus dans cette petite histoire banale: le peintre introduit deux figures qui encadrent, accompagnent le cortège nuptial, et deux autres sur lesquelles on hésite, qui sont entre deux mondes. Leur couleur lumineuse et éclatante rappelle la robe de la mariée, et le plastron du marié (là où se trouve son coeur...? ) L'époux penche légèrement sa tête vers celle de l'épouse et tient tendrement sa main, elle baisse un peu le regard, sans doute un peu émue. Ils sont ailleurs, loin des chapeaux sombres qui les suivent, dans un temple poétique où les accompagnent des personnages que sans doute eux seuls peuvent voir.

 

De l'importance de la couleur chez Maurice Denis: "Se rappeler qu'un tableau, avant d'être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote, est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées." (citation piquée sur le site du musée qui lui est consacré à Saint-Germain-en-Laye).

 

Le tableau se trouve dans une collection privée aux Etats-Unis, et date de la dernière décennie du XIXe siècle.

 

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Publié dans Le mariage dans l'art

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Mia 19/11/2010 00:44



J'adore cette rubrique, que j'ai lu de mes yeux complètement innocents et ignares. Je pense que je passerai lire (au minimum) cette rubrique.
Merci pour cet article qui ne parle pas de la dernière robe de... :-) (mais si tu parles de robe, je lirai p'têt !)



Rainette 21/11/2010 19:42



Le but est d'avoir des yeux ignares, justement (qui ne le sont jamais vraiment, on voit toujours une image à travers notre culture personnelle...)



la petite fourmi 17/11/2010 20:13



Merci pour le gentil compliment.  Ravie d'avoir découvert ton blog aussi. Par contre, j'ai un souci. J'écris à l'aveugle. Impossible de voir mon commentaire pendant que je tappe. Je sais pas
si ça vient de chez moi?! A bientôt...



Rainette 21/11/2010 19:36



Je ne sais pas trop... Commentaires et images invisibles... Harry Potter et ta cape d'invisibilité, sortez de ce blog!!!!!



la petite fourmi 17/11/2010 10:09



Très surprenant et réjouissant comme concept! J'ai fait des études d'art donc ça m'interpelle!! Hâte de lire les autres. Tu connais La mariée de Corot?



Rainette 17/11/2010 19:56



Salut Petite Fourmi et bienvenue ici! je suis allée voir ton blog, et il me plaît beaucoup! J'adore tes photos un peu "vieillies", et le visuel général (du coup, j'ai l'impression de faire un peu
de la daube ici, mais bon, je vais m'améliorer). Alors non, je ne connaissais pas la mariée de Corot, je suis allée la voir, et elle me plaît énormément. En te citant, j'en parlerai...